Bernard Roman, député de la première circonscription du Nord, dialogue quotidiennement sur son blog, avec l'ensemble des citoyens.
Elu sur la promesse de réduire la « fracture sociale » en 1995, Jacques Chirac n’a cessé depuis de l’aggraver. Mais rien n’est jamais perdu : trois mois avant de quitter l’Elysée, le chef de l’Etat, sans doute occupé à vider ses tiroirs, en ressort in extremis une trouvaille inouïe : le droit opposable au logement ! Le premier ministre, aussitôt, se rappelle avoir commandé depuis des mois à Xavier Emmanuelli un rapport qui, justement, quelle coïncidence, vient de lui être remis, et dont, en quelques jours, le gouvernement tire un projet de loi qui satisfait les revendications portées durant la période des fêtes de fin d’année par les Enfants de Don Quichotte.
Super scénario, presque un conte de Noël ! Et tant pis si depuis 2004, lors de nombreux débats parlementaires, les amendements présentés avec constance par les députés socialistes pour inscrire dans la loi l’opposabilité du droit au logement, ont toujours été rejetés, quelquefois avec mépris, par les ministres en charge du logement et de la cohésion sociale. Tant pis si les députés UMP ont tenté d’annuler l’article 55 de la loi SRU qui impose aux communes la construction d’un minimum de 20% de logements sociaux, pour y renoncer uniquement parce que l’abbé Pierre était venu en personne à l’Assemblée nationale manifester son indignation. Tant pis si ce sont les maires de droite, hostiles à toute mixité sociale, qui bafouent ce dispositif sans encourir de réelle sanction.
Saluons donc cette conversion tardive de la droite à une politique plus sociale du logement. Mais mesurons-en aussi les ambiguïtés. Il y a beaucoup d’hypocrisie de la part du président de la République à prendre solennellement un engagement que son successeur devra respecter. Il y a aussi quelque légèreté dans l’approche du gouvernement, presque une erreur de diagnostic : le sort des SDF ne se limite pas à un problème d’hébergement, mais comporte aussi une dimension de prévention sociale et d’accompagnement. De le même manière, la crise du logement en France n’est pas réservée aux seuls exclus : les besoins des étudiants, des jeunes, des ménages très modestes et même des classes moyennes ne sont pas couverts par un parc immobilier qui a privilégié, notamment au travers des dispositifs Périssol et Robien, une offre locative trop coûteuse. Trois millions de personnes souffrent aujourd’hui en France de mal logement. Leur situation s’est aggravée depuis cinq ans. Les opportunismes de dernière minute ne suffiront pas à leur venir en aide.
BR