Bernard Roman, député de la première circonscription du Nord, dialogue quotidiennement sur son blog, avec l'ensemble des citoyens.
La Sécu est malade, mais rien n'est prévu pour la sauver. C'est ce qui ressort du projet de loi de financement de la sécurité sociale présenté hier par Xavier Bertrand, Roselyne Bachelot et Eric Woerth. Les déficits se creusent, plus de 12 milliards pour le seul régime général. Mais par crainte d'un contre-coup électoral aux municipales de mars 2008, les ministres diffèrent l'annonce de mesures qu'ils savent inévitables. Triple mensonge du gouvernement : le premier est la surévaluation de l'estimation de croissance, dont la conséquence est que le déficit de la sécurité sociale sera en 2008 bien plus élevé qu'annoncé. Le deuxième est le refus par cette majorité d'assumer son propre héritage, en l'occurrence l'échec des plans Douste-Blazy et Bertrand. Le troisième est le silence de l'exécutif sur ses intentions : car le gouvernement prépare des déremboursements et des transferts de charges vers les assurances privées. Nicolas Sarkozy lui-même a martelé le message : responsabiliser le patient. Celui-ci paiera donc. Un peu aujourd'hui - les franchises proposées grèveront le budget des ménages et rapporteront au mieux 400 millions d'euros, soit une goutte d'eau au regard du déficit-, beaucoup plus demain... Après les municipales, le gouvernement passera donc à l'offensive. Celle-ci prendra plusieurs formes : la TVA sociale ou un système équivalent ; une explosion des franchises, préconisée par le passé par Nicolas Sarkozy ; une augmentation de la CRDS. Autant de mesures qui pénaliseront les catégories les moins favorisées et les classes moyennes, qui épargneront les plus riches, et surtout créeront une sécurité sociale à deux vitesses. Des solutions ? Il y en aurait, pourtant. Philippe Séguin, il y a quinze jours, évaluait le manque à gagner que représentent pour la sécurité sociale certains avantages : 3 milliards d'euros pour les seules stock options distribuées aux cadres dirigeants des grandes entreprises ; entre 33 et 36 milliards du fait des exonérations bénéficiant à certains revenus comme l'épargne entreprise, l'intéressement, les revenus fonciers, les Codevi. Le plus probable n'est pourtant pas que les plans de rigueur à venir touchent à ces privilèges.