Bernard Roman, député de la première circonscription du Nord, dialogue quotidiennement sur son blog, avec l'ensemble des citoyens.
La présidentialisation de la Ve République s'accroît depuis longtemps, elle s'accentue depuis l'instauration du quinquennat, elle s'est exacerbée depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. Depuis le 6 mai, nous ne sommes plus dans un régime parlementaire présidentialisé mais dans un système hyperprésidentialisé. L'évolution n'est pas anodine: l'équilibre des institutions est le garant de la démocratie. Je suivrai donc avec attention les travaux du comité Balladur. Mais déjà, je m'inquiète: dans un régime présidentiel, comme celui des Etats-Unis, les contre-pouvoirs sont nombreux et puissants: parlement, médias, justice. Sarkozy semble vouloir la puissance d'un président américain sans les contrepoids. Les mésaventures de Rachida Dati sont l'illustration de cette logique. L'hémorragie de conseillers au ministère de la justice est plus qu'une anecdote. La convocation place Vendôme du vice-procureur de Nancy est un événement anormal. Les magistrats, reçus aujourd'hui par la Garde des Sceaux, reprochent à leur ministre cette conception très contestable de l'institution judiciaire. Car ce qui est en cause, c'est la place de la justice dans un Etat de droit. Madame Dati affirme: «Nicolas Sarkozy a été élu pour restaurer l'autorité de l'Etat. Et la légitimité suprême, ce sont les Français qui l'ont élu. Je suis chef du parquet, le chef des procureurs. Ils sont là pour appliquer la loi et une politique pénale! » C'est vrai que le rôle du Garde des Sceaux est d'adresser aux procureurs des instructions générales d'action publique afin d'en assurer la cohérence sur le territoire. Pour autant, les magistrats, du parquet comme du siège, rappellent à juste titre qu'ils sont au service de la loi et non pas du gouvernement. Ils ont raison de marquer leur mécontentement. Ce sont nos institutions qu'ils défendent.