Bernard Roman, député de la première circonscription du Nord, dialogue quotidiennement sur son blog, avec l'ensemble des citoyens.
« Les médias lèchent, les médias lâchent, les médias lynchent », écrivit un jour Nicolas Domenach. La plupart des responsables politiques ont été victimes de ce jeu. Il est bien possible que François Bayrou vienne bientôt en rallonger la liste. Le président de l’UDF a le courage de dénoncer la collusion entre les médias et de grands groupes financiers vivant de la commande publique. Il s’élève avec un panache certain contre ce phénomène qui rend nos télés berlusconiennes et certains de nos journaux poutiniens. Depuis deux semaines, il grimpe dans les sondages où il est aujourd’hui stabilisé entre 12 et 14%, ce qui le place quelquefois (mais pas toujours, loin de là) en position de troisième homme. Il peut apparaître comme une alternative à un duel Sarko-Ségo au second tour, trop annoncé comme l’était en 2002 la confrontation Chirac-Jospin. En valorisant aujourd’hui Bayrou, les faiseurs d’opinion se dédouanent donc à peu de frais de l’accusation de sarkozysme outrancier. Cette tactique leur permet d’ignorer les sujets qu’ils ne veulent pas traiter (les propositions socialistes, par exemple) et de continuer à déstabiliser la candidate du PS. Chacun l’a compris, je ne suis pas loin de penser que François Bayrou est ainsi instrumentalisé. Plus grave, il me semble que cette entreprise, loin de clarifier le débat, trompe l’électeur. Car enfin, dans quelle direction François Bayrou compte-t-il conduire ceux qu’il séduit ? Je veux bien admettre la sincérité de ses proclamations d’intention s’il était président de la République. C’est son rêve, mais c’est un mirage. Car l’hypothèse la plus probable est qu’il ne sera plus en lice au second tour et devra donc dire ce qu’il fait de ses voix. Aujourd’hui, dans les intentions de vote de premier tour, il prend beaucoup plus de voix à la gauche qu’à la droite. Mais demain, à l’heure des désistements du second tour, que dira-t-il ? Son électorat traditionnel est de droite, ses élus aussi, au point d’ailleurs que c’est toujours l’UMP que rejoignent les transfuges de l’UDF. Le 23 avril, le candidat centriste ne pourra qu’annoncer qu’il offre à Sarkozy les suffrages qu’il aura pris à la gauche. Ce sera une déception. Ce sera une imposture.