Bernard Roman, député de la première circonscription du Nord, dialogue quotidiennement sur son blog, avec l'ensemble des citoyens.
Avant de laisser la place à Eric Besson, Brice Hortefeux a glorifié son bilan. Avec une fierté totalement déplacée, il s'est félicité d'avoir en 2008 effectué 29 796 " éloignements d'étrangers en situation irrégulière ".
Il n'y a pas de quoi pavoiser. Cette politique du chiffre est sordide et nous n'allons sûrement pas applaudir l'action de Brice Hortefeux. Du reste, contrairement aux allégations du ministre, son action n'est pas un succès. Il est faux de prétendre que " le nombre de clandestins en France a diminué pour la première fois depuis une génération ": par définition, le nombre d'étrangers en situation irrégulière est impossible à établir. D'ailleurs, nombre de spécialistes estiment au contraire que la population d'irréguliers progresse, avec tout ce que cela implique en termes de précarité et de détresse. De plus, il est choquant de prendre comme critère la diminution du nombre de sans-papiers bénéficiaires de l'Aide Médicale d'Etat, comme si M. Hortefeux ne savait pas que celle-ci résulte du durcissement des conditions d'accès à l'AME -voire de la crainte des éventuels bénéficiaires d'être fichés s'ils y recourent.
Cette politique qui échoue est aussi une politique que beaucoup de Français rejettent. Brice Hortefeux, dès son entrée en fonction, suscita la démission de huit historiens du Conseil scientifique de la cité nationale de l'histoire de l'immigration, que révoltait l'association de l'immigration et de l'identité nationale. En novembre 2007, il accepta l'amendement Mariani sur les tests ADN, qui mobilisa durant plusieurs semaines la gauche française -avant d'être finalement vidé de son contenu par le Conseil constitutionnel. L'été dernier, il signa un décret controversé créant, dans le seul but de contrarier l'action de la Cimade, un appel d'offres sur l'aide aux étrangers en centre de rétention administrative -qui fut finalement annulé par le Tribunal administratif.
Nous continuerons à combattre cette politique de l'immigration fondée sur des méthodes inhumaines et des objectifs inavouables. Comme des millions de nos concitoyens, je n'y retrouve pas la France et surtout pas son " identité ". A cet égard, je vois comme un symbole réconfortant le succès que remporte actuellement la magnifique chanson d'Abd Al Malik: " La France elle est belle, regarde tous ces beaux visages qui s'entremêlent ".