Bernard Roman, député de la première circonscription du Nord, dialogue quotidiennement sur son blog, avec l'ensemble des citoyens.
La démocratie suppose un équilibre, c'est une lapalissade. Et pourtant... Si l'on regarde comment elle fonctionne, à partir de trois exemples très différents mais d'actualité, il apparaît que la rupture de cet équilibre entraîne un rejet du système. Premier constat: l'Europe. Il est incontestable que l'Europe apporte depuis 50 ans la paix et la sécurité à ses peuples. Et il est vraiment décevant de voir, dans l'Irlande de 2008 comme dans la France de 2005, ceux qui demandent une autre Europe lui refuser précisément les moyens d'évoluer, en la bloquant dans l'impasse du traité de Nice. Au-delà de ce paradoxe, il faut tenir compte de ceux qui disent « non » à une Europe trop éloignée d'eux, et qui demandent plus de transparence et de démocratie à l'Union. Même constat à propos des mouvements sociaux en France. La journée de mobilisation organisée demain traduit, au-delà de l'inquiétude légitime sur le pouvoir d'achat, les retraites, la protection sociale, le refus total de la méthode gouvernementale. Les syndicats qui ont joué la carte de la négociation et de la confiance avec le gouvernement, sont désormais échaudés: à travers eux, ce sont les salariés du pays qui sont trahis. Là encore, il faut que la majorité comprenne qu'une réforme qui bafoue la démocratie sociale est vouée au blocage et à l'échec. Enfin, l'exigence d'une démocratie mieux partagée traverse aussi le parti socialiste, qui est pourtant la formation politique française la plus accoutumée à des processus et des débats clairs et collectif. Cependant, là encore il faut certainement s'interroger sur les déséquilibres. Il y a une vingtaine d'années, Pierre Mauroy, alors premier secrétaire, avait adressé une « Lettre aux militants » pour les inviter à s'exprimer. La préoccupation majeure qu'ils avaient formulée tenait à un décalage, presque un fossé, entre ce qu'ils appelaient le « parti d'en bas » et le « parti d'en haut ». Cette critique reste présente. Nos adhérents ont bataillé pour les différents scrutins, ont réfléchi à des projets, ont espéré ou désespéré ensemble, et voilà qu'une fois encore, ils ont le sentiment que « la guerre des chefs » détruit tout sur son passage, et que leur énergie, leur engagement, ne sont pas encouragés. Jaurès disait que « le socialisme, c'est la démocratie jusqu'au bout ». Et en effet, la démocratie a ceci de particulier que, pour la protéger, il faut sans cesse l'utiliser, l'exposer, l'ouvrir. Allons-y !