Bernard Roman, député de la première circonscription du Nord, dialogue quotidiennement sur son blog, avec l'ensemble des citoyens.
Depuis le 15 avril, 300 salariés sans papiers d'Ile-de-France, soutenus par leurs employeurs, demandent leur régularisation. Leur revendication est logique, puisque Nicolas Sarkozy se prétend partisan de l'immigration de travail. Pourtant, lors de sa dernière intervention télévisée, le chef de l'Etat a rejeté toute régularisation globale, relayé deux jours plus tard par le premier ministre, qui s'est permis une surenchère sur « l'hypocrisie des chefs d'entreprise ». S'il faut parler d' « hypocrisie », allons-y! Qui est hypocrite? Qui a promis durant sa campagne de faciliter le séjour régulier des immigrés qui ont un travail, et qui aujourd'hui agit à l'inverse de son engagement? Qui invente une opposition factice entre les immigrés qui travaillent et ceux qui sont au chômage, assurant de surcroît que 500 000 offres d'emploi ne sont pas pourvues, chiffre que ni l'Insee ni l'Anpe n'authentifient? Qui justifie sa fin de non-recevoir en confondant les critères de la régularisation avec ceux de la naturalisation? Ce comportement n'est pas digne d'un président de la République, et il illustre les ambiguïtés de la politique d'immigration conduite aujourd'hui: « Oui » aux expulsions massives, l'objectif de 26 000 étant arbitrairement programmé pour 2008; « non » aux régularisations globales, au prétexte qu'elles créent un appel d'air. Le résultat de ces consignes venues du sommet de l'Etat est révoltant: il n'est pas rare que des immigrés exerçant un travail régulier, venus en préfecture, avec le soutien de leur employeur, pour procéder aux démarches en vue de leur régularisation, soient arrêtés et expulsés. Sur le continent africain, cette France repliée sur sa politique restrictive de l'immigration et des visas inquiète. Les ambassadeurs de France eux-mêmes se font l'écho de ce malaise, né au moment du discours de Dakar, entretenu par la réduction de l'aide au développement, et confirmé par l'allégeance envers les dirigeants africains les plus contestables. La politique de l'immigration conduite aujourd'hui est inefficace et inintelligente. La France est en train de se marginaliser sur la scène internationale et de se fourvoyer sur ses principes. Il reste à espérer que Nicolas Sarkozy ne cherchera pas à profiter de la présidence de l'Union européenne pour tenter de généraliser ses choix désastreux.