Bernard Roman, député de la première circonscription du Nord, dialogue quotidiennement sur son blog, avec l'ensemble des citoyens.
Il était une fois un jeune homme, venu du Mali en 2004 pour donner un rein à sa soeur qui vivait en France. Il n'était donc pas un immigré clandestin. Il avait bénéficié d'un titre de séjour jusqu'en 2007. Depuis trois mois il se trouvait sous le coup d'un arrêté de reconduite à la frontière. Vendredi dernier, il a paniqué au cours d'un contrôle de police à la gare RER de Joinville-le-Pont. Dépassé par la peur qui est malheureusement le lot commun de nombreux « sans-papiers » traqués sur notre territoire, il s'est jeté dans la Marne pour échapper aux policiers. Il n'a pas pu être ranimé après son transfert à l'hôpital. Il n'est pas la première victime de cette politique du chiffre qui définit arbitrairement le nombre de reconduites à la frontière que les forces de l'ordre sont tenues d'effectuer. Le pouvoir actuel assume ce choix, le revendique, et ne le remet pas en cause, même lorsque de pareils drames surviennent. Hier, le porte-parole du gouvernement a réagi avec une brutalité consternante: « Quand on est un citoyen en règle, on se conforme aux contrôles de la police ». On croirait entendre un dirigeant chinois parlant des Tibétains. Le jeune homme s'appelait Baba Traoré. Il est mort à 29 ans, en France, patrie des droits de l'homme.