Bernard Roman, député de la première circonscription du Nord, dialogue quotidiennement sur son blog, avec l'ensemble des citoyens.
La loi sur la rétention de sûreté est une première dans le droit français, mais elle n'est pas un progrès. Jeudi dernier, le Conseil constitutionnel en a pourtant validé le principe, puisqu'il a jugé conforme à la Constitution l'enfermement des criminels dangereux dans des centres de rétention, après leur sortie de prison, pour une durée indéterminée. Les Sages ont cependant réduit le champ de la loi en réservant son application aux personnes qui durant leur peine auront bénéficié de soins médicaux et psychiatriques, ce qui en France, faute de moyens budgétaires, est rare. En outre, ils ont écarté la possibilité de rétroactivité du dispositif, qui ne concernera pas les personnes déjà condamnées à la date de promulgation de la loi ou qui le seront pour des faits antérieurs. Dans les faits, cela signifie que la loi sera applicable dans quinze ans, et cela sous-entend que d'ici là, une autre majorité aura pu l'abroger. Pour les parlementaires socialistes, qui ont vivement combattu ce texte, la décision du Conseil Constitutionnel est une déception. Apparemment, elle l'est aussi pour Nicolas Sarkozy, mais pour des raisons exactement inverses aux nôtres. Aussi a-t-il demandé au premier président de la Cour de cassation de réfléchir aux conditions d'une application immédiate de sa loi, au mépris de l'article 62 de la Constitution aux termes duquel « les décisions du Conseil constitutionnel s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles ». Les socialistes contestent par conséquent ce nouveau fait du prince, s'attirant cette riposte de la porte-parole de l'UMP, Nadine Morano, qui les accuse de « se ranger du côté des assassins ». Cette remarque déplacée est un outrage et une injure aux parlementaires que nous sommes. Parmi les pourfendeurs de la loi Dati figure notamment l'ancien garde des Sceaux dont le nom est associé à l'abolition de la peine de mort, et qui fut aussi un président du Conseil constitutionnel à l'autorité incontestée, Robert Badinter. Son tort aux yeux des amis du président est de défendre et d'incarner une haute idée de la justice française, et de déplorer que celle-ci traverse aujourd'hui « une période sombre ». Il sait de quoi il parle.