Bernard Roman, député de la première circonscription du Nord, dialogue quotidiennement sur son blog, avec l'ensemble des citoyens.
Un projet mal engagé ne peut pas faire une bonne réforme. Après des semaines de contestation du projet de loi « Hôpital, patients, santé, territoires », Nicolas Sarkozy a reconnu mardi à Nancy une « rupture » entre le monde hospitalier et le gouvernement et accepté quelques concessions qui se veulent apaisantes.
Le calendrier ne lui laissait pas le choix. Le débat au Sénat s'engageait hier. Il s'est ouvert dans des conditions détestables, puisque le texte, sur lequel le gouvernement a imposé la procédure d'urgence, va être modifié par les sénateurs et ne reviendra pas en navette devant les députés. Le Sénat est donc chargé, comme l'a indiqué François Fillon hier, « de tenir le cap qui a été fixé par le gouvernement ». Nul doute qu'il s'exécutera.
La mobilisation ne lui laissait pas davantage le choix: ¾ des Français rejettent la dérive comptable de cette réforme. De fait, l'une des critiques centrales de ce texte porte sur la gouvernance. Le pouvoir accordé aux directeurs fait craindre aux soignants, dont la priorité est la qualité des soins, que l'hôpital public soit soumis à une logique de rentabilité contraire à sa mission.
Le recul opéré par le chef de l'Etat est insuffisant. La mise en place d'un directoire n'écarte pas le risque de cet « hôpital-entreprise » dans lequel les objectifs de gestion l'emporteront sur les enjeux de santé publique, systématisant à terme une médecine à plusieurs vitesses.
Surtout, il vient trop tard. Le malaise est installé, le mal est fait. C'est le secteur de la santé tout entier qui est désormais dans l'inquiétude. Cette réforme sera votée. Pourra-t-elle être appliquée? C'est une autre question. Les professionnels de santé demandent des Etats généraux. Pourquoi pas?