Bernard Roman, député de la première circonscription du Nord, dialogue quotidiennement sur son blog, avec l'ensemble des citoyens.
En s'attaquant à l'action de la Cimade dans les Centres de rétention administrative, le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale a commis trois erreurs qui font qu'aujourd'hui il vient de subir un premier revers.
Il a, en premier lieu, sous-estimé la réaction de la société civile. De nombreuses associations ont en effet lancé une pétition exigeant le retrait du décret du 22 août 2008. Car cette réforme, si elle devait s'appliquer, aurait inévitablement pour conséquence de réduire la qualité de l'aide apportée aux étrangers. Plusieurs raisons à cela: la mission des intervenants serait réduite à une fonction d'observation et dépouillée de sa dimension d'assistance juridique; la France serait divisée en 8 lots, et il serait interdit à deux associations d'intervenir dans le même centre; la mission serait émiettée entre une multitude d'intervenants, et ouverte par voie d'appel d'offres de marchés publics à des opérateurs autres que les associations spécialisées. Face à cette volonté de muselage, un front uni des associations de défense des droits de l'homme a protesté solidairement avec la Cimade. M. Hortefeux voulait diviser pour régner, c'est raté.
Il a, deuxième erreur, perdu la première manche. A la suite d'un référé déposé lundi par des associations de défense des droits de l'homme et des syndicats d'avocats, le tribunal administratif de Paris vient de suspendre l'appel d'offres jusqu'au 31 octobre et demande au ministère de présenter ses observations pour lever les doutes sur la légalité de la procédure.
Enfin, M. Hortefeux, mais ce n'est pas nouveau, se trompe dans la manière d'aborder la question de l'immigration. Il a tort de vouloir remettre en cause l'action irremplaçable de la Cimade et de recourir aux règles du marché pour ce type de mission. Contrairement à ses accusations scandaleuses, les tensions qui existent dans les CRA ne sont pas liées à la présence des associations mais à sa politique: la chasse aux sans-papiers et la course aux expulsions sont indignes et dangereuses.
Les députés socialistes, qui ont récemment reçu la Cimade, soutiennent la protestation des associations et leur proposition d'exercer de façon concertée et collective la mission de défense des droits des étrangers en rétention.
J'ajouterai un mot: en ces temps de crise, il est à craindre que les difficultés qui vont frapper certains secteurs, je pense notamment au bâtiment, ne conduisent à intensifier les dérives de ce gouvernement. Plus que jamais, nous devons être vigilants. Ce n'est donc pas le moment d'affaiblir la présence et les moyens d'intervention des associations qui concourent au respect des droits de l'homme dans un pays qui prétend en être la patrie.